Mobilités #04 | Plus que jamais la route est politique

  DOSSIER MOBILITÉS  #04 | Plus que jamais la route est politique 

Confiné·e·s pendant huit semaines, nous avons pu (re)prendre conscience combien se déplacer est essentiel à notre vie sociale et à la vie tout court ! En Loire-Atlantique, que ce soit en voiture, à pied, à vélo ou encore en transports en commun, ce sont un peu plus de 5 millions de déplacements qui sont réalisés chaque jour. La voiture demeure le premier mode utilisé (66% des déplacements) très loin devant la marche (21%), les transports en commun (10%) ou le vélo (2%).Si la voiture est associée à l’idée de liberté, nous prenons progressivement conscience de son coût collectif : pollution, gaz à effet de serre et consommation d’énergie fossile, emprise spatiale des routes et des parkings, difficile cohabitation voire dangerosité vis-à-vis piétons et cyclistes…
Et, quand 2/3 des déplacements de moins de 5 kilomètres sont effectués en voiture et quand, aux heures de pointe, seules 6% des voitures comptent plus d’une personne à bord, on peut se demander si l’usage de la voiture n’est pas devenu une sorte de réflexe pavlovien.
Plus profondément, la voiture est au centre d’un mode de vie et d’un modèle d’aménagement qui sont à l’œuvre depuis l’après-guerre. Elle a permis de choisir son lieu de vie indépendamment de son lieu de travail. Ce qui apparaissait alors comme un progrès social se transforme en piège, en créant une véritable dépendance à la voiture et une précarité liée à l’évolution du cours mondial du pétrole. Rappelons nous ici que le mouvement des gilets jaunes a pris pour emblème le carré de textile obligatoire dans chaque voiture et qu’il s’est notamment traduit par la réappropriation des infrastructures routières que sont les ronds-points.
Il ne s’agit pas ici de faire le procès de la voiture, mais bien de questionner son usage et sa place, tant dans nos comportements individuels que dans les politiques publiques.
En centre ville et dans les bourgs, le temps de la voiture est derrière nous. Le temps est au contraire à redonner plus d’espace aux autres modes de déplacements, mais aussi aux autre usages de la ville et du voisinnage.
Le temps est venu de réhabiliter les modes dits actifs, que ce soit à pied ou à vélo. Le vélo, tout particulièrement, a pris une place nouvelle dans les dernières élections municipales… avant de devenir une évidence avec le déconfinement. Les collectivités doivent accentuer leurs efforts pour densifier les réseaux cyclables dans les villes et les bourgs mais aussi relier entre eux ces réseaux urbains pour n’en former plus qu’un, vaste et bien maillé.
Le temps est venu également d’apprendre à partager les déplacements, que ce soit en transports en commun ou en covoiturant. Pensé tel un système de transport collectif, le covoiturage affiche le plus large des réseaux, desservant presque chaque village, 24h sur 24 et 7 jours sur 7… mais avec un taux de remplissage ridiculement bas : presque 80% des sièges sont innocupés !
La route est le plus ancien des réseaux sociaux. On y croise le meilleur et le pire. Avec la majorité départementale, nous portons un projet de route partagée. Partagée entre les différents modes, mais aussi, et fondamentalement, partagée entre les usagers. Une route empathique où l’indivudalisme cède à l’attention portée à autrui, et notamment aux plus vulnérables, cyclistes ou piétons. Plus que jamais la route est politique et c’est en ce sens que nous portons au Département une route de gauche, citoyenne, écologique et solidaire !

Philippe GROSVALET
Président du Conseil départemental de Loire-Atlantique. Militant de la section de Saint-Nazaire.