Mobilités #03 | Notre défi : mieux articuler les différents modes de déplacement

  DOSSIER MOBILITÉS  #03 | Notre défi : mieux articuler les différents modes de déplacement

Depuis bientôt 40 ans, Nantes, au sens de l’agglomération, est réputée être de ces grandes villes qui ont « un coup d’avance » en matière de transport public…Pardon ! De déplacements…Oups ! De mobilités. Oui, c’est ça le terme aujourd’hui !
Nous le devons à des élus pionniers qui se nommaient Chénard, Floch, Ayrault… Dès la fin des années 70, ils construisirent leurs victoires aux élections locales sur des thématiques éminemment environnementales, outre les refus des centrales nucléaires au Pellerin puis au Carnet. On disait alors cadre de vie. Qui se souvient de la rocade prévue au ras des HLM à Bellevue ou Nantes Nord, de la pénétrante qui devait longer l’Erdre, de celle qui arrivait au pied du château des ducs de Bretagne ? Qui se souvient des polémiques sur la piétonnisation de la place du Commerce ou du Bouffay ? « Vieux con !» me répond l’écho !
Aujourd’hui, le coup d’avance, il se traduit par l’électrification du Busway, le développement des Navibus, mais aussi par la promotion du covoiturage et de la pratique du vélo : d’opérateur d’un réseau de Transport en Commun, la SEMITAN fait sa mue en coordinateur des mobilités dans la métropole. Nous savons aujourd’hui que l’enjeu n’est plus prioritairement de renforcer le réseau quantitativement (même si des dessertes nouvelles doivent suivre l’évolution de la ville) mais de le modifier pour que l’étoile dont toutes les branches passaient par Commerce devienne une toile d’araignée valorisant les radiales. Il faut limiter l’étalement urbain par la construction de logements accessibles là où tram et bus passent déjà mais aussi permettre aux péri-urbains de laisser leur voiture plus loin du centre, mieux utiliser l’étoile ferroviaire et intégrer les nouvelles manières de se déplacer : trottinettes électriques, entre autres… Le défi, c’est d’articuler les différentes modes de mobilité pour être plus efficace et pour produire moins de gaz à effet de serre, tout en assumant la satisfaction des besoins de chacun. Evidemment, si on conçoit une ville ou tous les services essentiels, privés comme publics, sont à moins d’1/4 d’heure à pied de chacune et chacun des habitants, ça aide. Mais on n’y est pas tout à fait…
La crise sanitaire a bouleversé tout cela. Nous vivions sur des certitudes qui nous voyaient augmenter chaque année la fréquentation de nos transports collectifs, avec un modèle économique vertueux, tourné vers l’accessibilité de tous, sans obérer les investissements nécessaires (nouvelles lignes, flottes de véhicules renouvelées, aménagements de voirie favorisant la performance…), ni oublier la maintenance indispensable. Les modes doux progressaient trop faiblement mais progressaient au gré des progrès quantitatifs et qualitatifs des itinéraires cyclables ou piétonniers.
La COVID-19 nous a fait changer brutalement d’époque en 2 mois de confinement.
Le choc économique sur la filière transports collectif est terrible. Là où le gouvernement fédéral allemand a débloqué plus de 4 milliards d’Euros pour sauver le secteur, le nôtre en aligne quelques centaines de milliers. Nous avons en France un système de financement unique : le Versement Mobilité (ancien Versement Transport). Il est acquitté par les entreprises de plus de 11 salariés tant il est vrai que c’est d’abord pour les amener au boulot, et les en ramener, que nous consentons des investissements massifs et des subventions d’équilibres couvrant entre 60 et 80 % du coût de fonctionnement selon les agglomérations. Sauf que quand c’est l’état qui paye les salaires via le chômage partiel, ça ne va plus ! Les enquêtes d’opinion placent les transports collectifs en seconde place derrière les boîtes de nuits parmi les lieux où on doit craindre d’être contaminé. On s’étonne donc peu qu’à Nantes (toujours au sens métropolitain), on stagne aujourd’hui autour de 65% de la fréquentation habituelle malgré la levée des restrictions. Le budget de Nantes Métropole va être sérieusement impacté. Certes, la crise agissant comme accélérateur de transition, l’usage du vélo semble faire un bond bienvenu et tout est fait pour l’encourager. Mais le risque de voir le retour en force de l’« autosolisme » est bien là. Il faudra donc attirer, restaurer la confiance et toujours mieux articuler les différents modes de déplacements en prenant mieux en compte les territoires péri-urbains et ruraux autour de la métropole nantaise.

Pascal BOLO
Président de la Semitan. Militant de la section de Nantes Nord.