Le nouveau programme de François Fillon sur la santé : entre reculade et réhabillage, un projet toujours aussi toxique pour les Français

Obligé par l’intensité des critiques et du rejet des Français à l’encontre de son programme de santé, François Fillon, ce matin à la Mutualité française, nous a sorti de son chapeau le plan B.

Tout nouveau tout beau… si on n’y regarde pas de trop près ! Plutôt que d’en revoir les fondements, il a fait le choix d’en masquer les détails les plus disgracieux. Un joli papier-peint en somme, posé sur un mur qui s’écroule.

Il prend le parti de faire moins peur. Comment ? En employant des mots plus jolis : en lieu de place de « surpression d’hôpitaux » il évoque une « rationalisation de l’offre de soins ». Le déremboursement, mot tabou, est effacé, y est substitué, une « agence » en charge de « l’évolution des niveaux de remboursement ». Le tour est joué, mais il est gros.

Pour rassurer encore plus, il fait machine arrière sur des points symboliques : sur les lunettes, les prothèses auditives et dentaires, qu’il promet désormais de rembourser à 100%. Comment croire à un tel revirement ? Au-delà de l’inconstance dont il fait preuve sur ce point, il ne peut être crédible.

Rassurons-nous, pour le reste, rien de nouveau : 20 milliards d’économie de prévus, suppression du tiers payant généralisé, suppression de l’Aide Médicale d’État, mise en concurrence des établissements… Et bien sûr, suppression massive de postes. « Administratifs » s’entend. Encore une fois, il ne faut pas faire peur.

Au-delà de ces bidouillages qui ne convainquent personne, la profondeur des impensés de son programme donne le vertige. La prévention est réduite à une consultation bisannuelle.  Que fait-on des presque 50 000 morts par an par la pollution de l’air ? Que fait-on des personnes qui décèdent de cancers, de maladies cardiovasculaires, en raison des pesticides et des perturbateurs endocriniens, des affections qui touchent en premier lieu nos concitoyens les plus précaires ? Quid de la santé au travail, des préoccupants phénomènes de burn out des enjeux majeurs de la pénibilité ? Sur tout cela, pour le candidat de la droite extrême, pas de réflexion, pas de traitement, pas de proposition.

En réalité, après la présentation de ce matin, après ses multiples revirements sur ces dossiers depuis des semaines, d’évidence, pour monsieur Fillon, la santé n’est pas un sujet. Tout au plus, c’est un marché à privatiser au mieux des intérêts de quelques grands groupes assuranciels. Dès lors, le seul sujet en la matière est simple : comment faire avaler la pilule aux Français ?

Marc-Pierre MANCEL, Secrétaire national chargé de la santé, de la protection sociale, et de la famille