Iran

  PAROLE DE MILITANT·E·S  

Donald Trump a donné le feu vert à l’assassinat ciblé de Kassem Suleimani le 3 janvier dernier. Suleimani est le principal chef militaire iranien que certains observateurs présentaient comme le numéro 2 du régime des Ayatollahs. Opération réussie pour les Américains. Échec majeur pour les Iraniens.

À ce stade, nous pouvons souligner quelques éléments cruciaux pour l’avenir de la région.

L’Iran et ses alliés — Syrie, Hezbollah — ont reçu ces dernières années plusieurs coups — parfois sévères — sans réellement réagir en particulier en Syrie par le biais de l’armée israélienne. Ils n’ont jamais voulu — ou plus probablement jamais pu — rendre le coup à la hauteur de celui reçu. Par exemple Imad Moughniyé a été assassiné en 2008 sans réponse à la mesure de celui que l’Iran et ses alliés présentaient comme le chef militaire historique du Hezbollah. Or cette incapacité à fournir un niveau équivalent de réponse contribue à n’en pas douter à la déstabilisation du régime des Ayatollahs. De ce point de vue, ne pas répondre à l’assassinat de Suleimani paraît donc impossible pour un régime récemment remis en cause très sérieusement en Iran même, mais aussi en Irak et dans une certaine mesure au Liban au travers de la révolte des sociétés civiles dans ces trois pays.

Côté américain, il ne s’agit probablement pas d’une décision prise à la va vite par le président Trump mais d’une doctrine de représailles sur-proportionnées à chaque attaque reçue. En effet, l’escalade en cours a commencé par une attaque double. D’abord une attaque politique : des parlementaires irakiens chiites ont réclamé le départ des forces américaines en Irak. Et une attaque militaire contre la base américaine de Kirkouk au nord de l’Irak où un sous-traitant militaire américain est décédé. Attaques auxquelles Washington a répondu par un raid aérien contre une milice pro-iranienne à Anbar dans l’ouest de l’Irak : 25 miliciens morts dont des chefs de la milice pro-iranienne. Les politiques irakiens ont condamné le raid et une manifestation violente suivie d’un sit-in ont été organisés par les irakiens pro-iraniens devant l’ambassade américaine à Bagdad. L’assassinat de Suleimani s’inscrit dans cet enchaînement. Et tout cela en à peine 10 jours !

Même si c’est étonnant de la part d’un homme qui disait vouloir sortir militairement des bourbiers orientaux, l’aura de Trump auprès de son électorat sort renforcée de cette opération. En effet, elle lui permet de consolider son positionnement politique d’ « homme fort ». Or nous vivons dans l’ère des « strong men » qui s’installe au pouvoir un peu partout dans le monde : Viktor Orban, Recep Tayep Erdogan, Narendra Modi, etc. En ce qui concerne l’Irak et l’Iran, les suites de la mort de Suleimani semblent être favorables au régime de Téhéran. L’assassinat d’une figure, fut-elle contestée, a servi à reconsolider un sentiment d’appartenance au chiisme comme en écho à ce qui est perçu comme une agression étrangère.

Bassem ASSEH, section de Nantes Nord