Édito du 16 septembre 2022

 ÉDITO  La Reine et le Président
Dans son livre, « Qu’est-ce qu’une nation », Ernest Renan, intellectuel du XIX° siècle définissait ainsi cette notion : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé et l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. »
Cette définition est intéressante, même si elle a parfois été détournée de son sens par des penseurs d’extrême droite. La nation est définie comme une volonté de vivre ensemble.
Elle aide à comprendre un phénomène incompréhensible vu de l’autre côté de la Manche : pourquoi des millions d’Anglais semblent si affectés personnellement par la disparition de la reine Élisabeth qu’ils n’ont jamais rencontrée ? Nous pourrions d’ailleurs aussi nous interroger sur la place que prend cet évènement dans les médias français.

La reine Élisabeth II a su incarner la volonté de vivre ensemble de tout un pays. Elle l’a fait en restant silencieuse pour éviter que le choc des intérêts contradictoires au sein de son peuple ne vienne affaiblir l’unité du royaume. Il y a donc, dans l’émotion collective des anglais, d’abord l’hommage rendu au travail et à l’abnégation de toute une vie. Cette émotion témoigne aussi de la volonté de perpétuer le vivre ensemble dans un moment marqué par la folie du Brexit, le risque d’éclatement du royaume et du Commonwealth et la crise de l’énergie doublée d’une crise sociale.

Pour sa part, notre pays souffre d’un manque d’incarnation de ce type. Nous n’avons évidemment pas besoin d’une reine ou d’un roi. Ce n’est pas notre histoire. Toutes les républiques en Europe se sont dotées d’un·e Président·e qui préside en ne gouvernant pas ou peu. Mais ce n’est pas le cas en France où le Président préside et gouverne. Mais en gouvernant, le Président s’aliène forcément des pans entiers de population et perd sa capacité à rassembler le pays. Il clive là où il devrait souder.

Une réforme institutionnelle s’impose pour rassembler symboliquement le pays quelle que soit la politique qu’il se choisit lors des élections législatives. Elle s’impose aussi pour revivifier le débat politique et retrouver un peu de sérénité. Elle pourrait commencer par décaler les élections législatives soit avant, soit le jour de l’élection présidentielle. Une telle décision relève de la loi et ne nécessite pas de modifier la Constitution. Le choix des électrices et des électeurs se ferait alors sur un programme et non pas seulement sur un ou une candidate.
La campagne de 2022 aurait été totalement différente. Emmanuel Macron aurait dû présenter un programme et ne pas se faire élire grâce au seul rejet que suscite Marine Le Pen dans l’électorat (un rejet tout relatif puisque 42 % des Français·e·s ont voté pour elle). Nous pouvons dès aujourd’hui en faire une bataille législative. Enfin, plutôt que de reléguer le Premier ou la Première ministre au simple rang de collaborateur ou collaboratrice, il faudrait lui redonner pleinement son rôle de chef·fe du gouvernement et de la majorité parlementaire.

Dominique Raimbourg, Premier secrétaire fédéral

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