Édito du 8 mai 2020

  ÉDITO   Fallait-il rouvrir les écoles ?

Depuis le début de cette crise, les enseignant·e·s ont magnifiquement su s’adapter. L’Éducation Nationale que l’on décrit parfois comme un mammouth s’est avéré très agile depuis la fermeture des écoles. Les enseignants ont fait preuve avec détermination d’une ingéniosité, d’une adaptabilité et d’un dévouement exemplaire dans la mise en œuvre de la continuité pédagogique et la poursuite du lien aux familles. Mais, dans beaucoup d’endroits, l’on observe au quotidien que cette continuité pédagogique se fracasse sur le mur des inégalités. Les inégalités sociales et d’accès au numérique notamment peuvent être vecteur d’un accroissement des inégalités. Il est vain de croire que l’on peut faire l’école à la maison comme à l’école. Déjà parce que la relation pédagogique prof/élève est difficilement compatible avec les affects d’une relation parent/enfant. Puis, toutes les familles n’ont pas les même moyens matériels, spatiaux, temporels ou intellectuels pour répondre aux attentes, parfois trop ambitieuses, des enseignants.

Fallait-il rouvrir les écoles ? Assurément : avec ce confinement, c’était d’autres drames, sociaux, familiaux, économiques, de décrochages définitifs, de creusement de nouvelles inégalités, … qui se tramaient. Il est important que les élèves ré-expérimentent physiquement l’école pour se sécuriser, se rassurer et apaiser certaines angoisses en prévision de la rentrée de septembre.

Fallait-il rouvrir si vite ? Difficile à dire, le conseil scientifique lui-même préconisait une reprise en septembre uniquement ; il faut espérer que la précipitation de cette décision présidentielle n’entraînera pas des négligences qui auraient à terme des conséquences néfastes sur la santé des élèves et des personnels.

Heureusement, la mise en œuvre et l’organisation pragmatique a été confiée à celles et ceux les plus proches du terrain, ceux en première ligne : les directeurs d’école et les maires pour le primaire. A Nantes comme ailleurs, la priorité absolue qui accompagne la réouverture de nos écoles est la sécurité sanitaire des élèves et de tous les professionnels mobilisés. Cette reprise doit donc être progressive pour permettre de rassurer un maximum de la capacité de l’École à offrir ce cadre d’accueil sécurisant face à ce risque nouveau. Nul doute que les enfants sauront faire preuve d’adaptabilité et que les professionnels de bon sens et d’inventivité pour permettre une réouverture la plus sereine possible.

Romain Boutholeau, Secrétaire de la section de Nantes Centre sud, membre du Bureau fédéral. Directeur d’école.