Édito du 24 avril 2020

  ÉDITO   Invisibles mais indispensables

Tous les jours à 20 heures, les Français applaudissent les personnels soignants pour les remercier de leur engagement auprès des malades du Covid 19 dans des conditions difficiles, techniquement et humainement. Ces encouragements leur vont droit au cœur alors qu’il y a quelques mois encore leur protestation pour obtenir plus de moyens, notamment à l’hôpital public, peinait à trouver un débouché.
Cette mobilisation exemplaire n’aurait pas été possible sans que d’autres activités continuent aussi à fonctionner, toutes aussi essentielles, dans les établissements hospitaliers et les EHPAD bien entendu, mais aussi dans les services quotidiens, publics et privés, rendus à la population.

Ceux que l’on a nommé les « premiers de tranchée » exercent des métiers peu médiatisés et parfois invisibles qui se révèlent encore plus indispensables qu’en période normale. Ces femmes et ces hommes, percevant souvent des salaires modestes, sont agents d’entretien, des transports, des services de nettoiement ou de répurgation, de la sécurité, pompiers, ambulanciers, caissiers des magasins d’alimentation ou des grandes surfaces, aides à domicile. D’autres n’ont jamais relâché leur présence auprès des plus démunis, des familles en difficulté, des migrants. La liste est incomplète bien sûr.

Pas de télétravail possible pour ces compétences qui s’exercent au plus près des citoyens et le chômage partiel aurait mis fin au service rendu. Il sont restés au front parfois peu équipés de matériel de protection contre le virus, alors qu’ils sont parmi les plus exposés, par devoir parfois et souvent avec la conviction que leur présence auprès du public est essentielle et désormais reconnue comme telle.

Beaucoup de travailleurs en temps partiel ou en situation précaire, salariés ou indépendants, n’ont pas le choix afin de préserver un revenu que les mesures de compensation ne peuvent totalement garantir.

Il a fallu quelques semaines pour que le regard de l’opinion publique se tourne vers ces professionnels qui font vivre le lien social et pas seulement en situation de crise. On a vu fleurir des mots et des dessins d’enfants sur les poubelles à destination des éboueurs ou des remerciements sur les boîtes à lettres pour les porteurs de journaux.

Pendant qu’une large partie de la production industrielle et des activités commerciales sont à l’arrêt, ces invisibles reconnus comme indispensables permettent au pays de tenir.

Cette armée de l’ombre a droit à la reconnaissance de la nation. Mais quand le déconfinement sera venu, il y a un grand risque que le système économique renvoie ces métiers dans l’ombre. Le Parti socialiste a demandé début avril que leur revalorisation y compris concrète figure dans le plan de mutation qui suivra la crise sanitaire. Il faudra s’en souvenir si l’on ne veut pas que la pandémie ait non seulement exacerbé mais aggravé les inégalités.

Michel BRENON, Trésorier fédéral