Édito du 20 novembre 2020

  ÉDITO   Loi sur la sécurité globale : la dérive sécuritaire

La loi pour « une sécurité globale » actuellement en discussion devant l’Assemblée nationale illustre la dérive sécuritaire du Gouvernement d’Emmanuel Macron et de Jean Castex. Initialement cette loi avait pour but d’étendre les pouvoirs des 22 000 policiers municipaux et d’encadrer les 170 000 agents des sociétés de sécurité privées (à comparer aux 150 000 policiers et 100 000 gendarmes).
Sous l’impulsion du ministre de l’intérieur a été ajouté un article 24 qui prévoit une peine d’un an d’emprisonnement et 45 000 € d’amende pour toute diffusion d’images de policiers faite dans l’intention de porter atteinte à leur intégrité physique ou psychique.

Cette initiative est tout à la fois maladroite et profondément néfaste. Elle est maladroite car prouver l’intention sera particulièrement difficile. Elle est particulièrement néfaste car elle fait perdurer un face-à-face entre d’un côté les forces de police et de l’autre des manifestants présumés dangereux. Elle est encore plus néfaste car elle laisse penser que les forces de sécurité souhaitent une impunité et une absence de contrôle de leur travail en matière de maintien de l’ordre.

Mieux vaudrait s’attaquer aux questions de fond pour pacifier notre société qui en a bien besoin. D’abord penser à réguler les réseaux sociaux. Ils sont un des nouveaux moyens d’expression de notre temps. Il y a besoin de l’équivalent de la loi de 1881 qui a consacré la liberté de la presse tout en permettant de lutter contre la diffamation, l’injure et la diffusion de fausses nouvelles.

Ensuite il nous appartient de réfléchir à ce que pourrait être une police plus au service des citoyen·ne·s. Repenser l’organisation d’une police de proximité, n’affecter au maintien de l’ordre que des effectifs spécialisés, associer à ce service public, comme à d’autres, des comités de citoyen·ne·s pour donner le point de vue des usagers, associer ici aussi des citoyen·ne·s à l’inspection, repenser la fluidité et la réactivité de la chaîne pénale…

Tout ceci nécessite une alternance de gauche en 2022.

Dominique RAIMBOURG, Premier secrétaire fédéral