Édito du 1er mai 2020

  ÉDITO   Déconfinement : l’École en question

Fallait-il confiner les enfants, toute notre jeunesse, dès le 15 mars ? La question n’est plus d’actualité.
Ce confinement a eu lieu, brutalement. Que donne-t-il à vivre ?
Notre jeunesse est enfermée dans le cocon familial, dépendant désormais presqu’uniquement de ce que la famille peut proposer en termes d’organisation de la journée, de disponibilité, de vision sur le monde et sur la crise forte qui le secoue, de valeurs, de vécu relationnel. Les enseignant·e·s vivent la mise en place de « la continuité pédagogique » : il faut garder le contact avec les élèves et, heureusement, le numérique est là: la fameuse classe virtuelle… avec ses nombreuses·eux «absent·e·s». On met ce qu’il faut dans les tuyaux, tout va bien, presque tou·te·s les élèves mettent aussi quelque chose dans les tuyaux. Il ne s’agit plus d’apprendre, uniquement de transmettre.
Ce confinement a donné à voir aussi des fractures dont on savait bien qu’elles existaient: fracture numérique bien sûr, il faut posséder l’outil et savoir s’en servir, une fracture sociale, culturelle, on s’en doute, mais aussi une fracture entre celles et ceux qui vivent sous l’autorité bienveillante de leurs parents et ceux qui n’ont pas cette chance. On a vu aussi le professionnalisme des enseignant·e·s : et oui, la pédagogie, ça s’apprend ; c’est un métier si mal considéré que la moitié du temps de travail n’est pas comptabilisée dans son statut. Finalement, qu’est-ce que ce confinement a permis de comprendre ? On nous a donné à vivre le modèle d’école dont on ne veut pas : une école qui renvoie au modèle social dominant et élimine très vite ceux qui n’y correspondent pas ; une école libérale qui fait des enseignant·e·s des auto-entrepreneurs et les parents des clients. A bon entendeur…
Nous voulons que l’État porte une école qui émancipe, une école du lien qui prenne sa place au cœur de la cité et mette les enfants, les jeunes, elles et eux seul·e·s, au centre des décisions.

Valérie Lieppe, militante de la section d’Herbauges & membre du Bureau fédéral en charge du Chantier Éducation