Édito du 10 juillet 2020

  ÉDITO   Faux semblant

La nomination surprise d’Éric Dupond-Moretti au poste de ministre de la Justice se voulait un bon coup politique et pouvait apparaître comme la marque d’un nouveau monde, audacieux et déterminé à secouer l’univers poussiéreux des palais de justice. Le très médiatique avocat pénaliste parisien était coutumier des propos critiques, voire agressifs à l’égard des 10 000 magistrat·e·s du ministère. Les syndicats de la magistrature n’ont d’ailleurs pas tardé à réagir.

Mais la vraie question n’est pas celle de la personnalité du nouveau Garde des Sceaux que celle de sa marge de manœuvre.Éric Dupond-Moretti, certes brillant avocat spécialiste en pénal, est totalement novice en politique et peu au fait des rouages de l’État et de cette immense machine qu’est la justice. Elle emploie plus de 80 000 personnes, pénitentiaire comprise. De plus le chef de cabinet qui gère l’agenda a été choisi directement par la présidence de la république  parmi les proches collaborateurs du Président. La marge de manœuvre est donc étroite.

Le contrôle est encore plus resserré pour le premier ministre: l’Élysée a choisi son directeur de cabinet, c’est à dire celui qui dirige l’ensemble des conseiller·e·s et qui nourrit la réflexion de son ministre. Quant à Gerald Darmanin, nouveau ministre de l’intérieur, c’est à la fois le directeur de cabinet et le directeur adjoint qui ont fait l’objet d’un choix présidentiel.

On est donc loin du nouveau monde. On assiste simplement à une concentration sans précédent du pouvoir entre les mains du Président. Une refonte démocratique s’imposera en 2022.

Dominique RAIMBOURG, Premier secrétaire fédéral