Édito du 06 novembre 2020

  ÉDITO   Les États-désunis

Quatre jours de dénouement sans fin pour le pouvoir de la 1ère puissance du monde. Après que la quasi-totalité des votes par correspondance dépouillés se soit ajoutée au dépouillement des votes physiques, une victoire finalement plus nette et incontestable se dessine pour Joe Biden. Ce décalage entre le dépouillement du vote physique et celui du vote par correspondance, ce dernier ayant été massivement utilisé par les électeurs démocrates en réponse à la Covid, explique aussi bien le décalage des 1ères estimations que cette durée inhabituelle du dépouillement.

La participation est historique. C’est la plus importante depuis 120 ans. Notons également que chaque bulletin ne comporte pas moins de 20-40 votes (sur les députés, sénateurs, juges, référendums locaux), en plus du choix entre Biden et Trump. Tout cela laisse à penser que l’intérêt pour la démocratie américaine se porte bien, au-delà de la volonté de Trump de sous-miner le principe de démocratie.

Mais c’est la légitimité des institutions et plus globalement le fondement de l’adhésion à une même société gouvernée dans l’intérêt commun qui a été dangereusement endommagée après des années de coups de butoir par un président Trump et une minorité aussi radicale que bruyante dévouée à son seul amour pour un tel personnage. Dans toute démocratie, même celle des USA, il est possible qu’un égocentrique haineux sans principes arrive à bousculer et cliver la société jusqu’à rassembler 69 millions d’électeurs derrière son nom.

Même défait électoralement, Trump n’était pas un accident et la société américaine restera durablement abimée. Il n’est pas plus un phénomène américain. L’U.E. doit elle aussi prendre conscience des dangers en son sein. En France aussi notre démocratie est durablement endommagée depuis que l’extrême-droite a pu se hisser deux fois au 2nd tour des présidentielles, et semble toujours être en capacité de le réitérer en 2022.

Cela doit nous réveiller, aussi bien sur l’exigence que nous devons porter pour le rassemblement de la gauche, que sur le sens donné à notre combat politique et à la réalité de l’impact de nos politiques sur le quotidien de nos concitoyen·ne·s.

Frédéric ENGELMANN, Section de Nantes Centre sud