Édito du 05 février 2021

  ÉDITO  Crise sanitaire et démocratie

Si gérer une des plus grandes pandémies de l’histoire de l’humanité n’est pas une chose facile, cette crise accentue cependant les défauts de la gouvernance macronienne.

Le Parlement n’est pas associé à la conduite de la politique entièrement concentrée entre les mains de l’Élysée. Le contrôle de la politique de vaccination sera confié à 35 citoyen·ne·s tiré·e·s au sort. Or, les appareils parlementaires ont un savoir-faire irremplaçable en matière de contrôle de l’action gouvernementale. J’ai participé puis présidé la commission de contrôle de l’État d’urgence instauré en novembre 2015 après les attentats du Bataclan et de Saint-Denis. J’y ai appris qu’il faut batailler fermement pour avoir les informations importantes, pour obtenir des inflexions de politique et encore plus pour faire changer des décisions. Il faut aller sur place pour vérifier l’application des directives, négocier longuement avec les responsables.

La première vague de la campagne de vaccination risque d’être terminée avant que le groupe citoyen ne se soit constitué en collectif de travail opérationnel. De plus, même opérationnel, le comité aura du mal à instaurer un rapport de force. Le parlement peut menacer de ne pas voter telle ou telle disposition s’il n’obtient pas satisfaction. Il peut même agiter l’arme de la motion de censure. Le comité ne dispose d’aucun de ces pouvoirs.

Un comité de citoyen·ne·s est pertinent pour donner un avis sur une question difficile qui divise une société, pour éclairer la décision politique. Exercer un contrôle est une autre démarche qui relève des représentant·e·s des citoyen·ne·s légitimé·e·s par l’élection. Ce contrôle de la vaccination n’est qu’un faux semblant qui ne parvient pas à masquer les insuffisances démocratiques du pouvoir en place.

De retour aux responsabilités, la gauche devra tirer tous les enseignements de cette situation. Il faudra créer un cadre qui régira l’État d’urgence alors qu’aujourd’hui l’État se contente de réactiver une vieille loi de 1955 votée pendant la guerre d’ Algérie. Un des principaux enjeux devant nous en 2022, c’est bien de faire des propositions pour revivifier notre démocratie !

Dominique RAIMBOURG, Premier secrétaire fédéral