8 minutes 46 secondes sous le poids de l’Histoire

  PAROLES DE MILITANT·E·S   8 minutes 46 secondes sous le poids de l’Histoire

8 minutes 46 secondes est la durée pendant laquelle le monde a pu voir de ses propres yeux un homme agoniser du seul fait d’être noir. L’émotion a traversé l’océan atlantique, des Etats-Unis à l’Europe, Nantes, Bristol, d’autres villes, d’autres continents. Au-delà de l’effroi face à l’agonie de cet homme, c’est avant tout un choc des esprits. La nouveauté est que ce choc ne se limite pas à ceux qui du fait de la couleur de leur peau, perçue comme noire, seraient directement concernés mais bien l’ensemble de la société, des hommes et des femmes dont la peau est perçue comme blanche qui aujourd’hui s’interrogent sur cette violence.

Ils se rejoignent désormais tous derrière le slogan « pas de justice, pas de paix ». Quatre ans depuis la mort d’Adama Traoré, 24 ans, toujours pas de procès. Cet homme, ce citoyen, ne mérite-il pas que les conditions de sa mort soient révélées dans le cadre d’un procès auquel a droit tout citoyen ?

Oui, ce sentiment de révolte s’inscrit dans un contexte et notamment en France où la relation de confiance entre les forces de l’ordre et la population est mise à mal. Le rapport du défenseur des droits du 8 juin dernier fait état d’une augmentation de 29% pour 2019 des réclamations concernant la déontologie de la sécurité.

Oui, ce sentiment de révolte s’inscrit dans une crise sanitaire qui a mis en lumière de manière crue et brutale les inégalités de notre société où aux maux de la misère s’ajoutaient celui de la santé.

La mort de George Floyd a eu le même effet qu’un boulet reçu en pleine tête, au bout d’une longue chaîne de violence et de domination. Nous avons en commun avec les Etats-Unis, un passé violent, dont les conséquences sont toujours présentes dans notre société. Pascal Blanchard, historien, parle également de mille feuilles, dont les évènements de ces derniers jours seraient la dernière couche.

Le 10 mai, est une date que nous connaissons bien à Nantes, et plus largement en Loire-Atlantique. Nantes premier port négrier de France, nous nous sentons particulièrement proche de cette partie de notre Histoire. Mais au-delà de cette journée de commémoration, notre génération n’est-elle pas prête aujourd’hui à affronter son histoire, et à estimer, qu’il n’est plus possible que des rues de Nantes portent le nom de négrier sans explication, sans qu’il puisse y avoir une réflexion sur le sujet. Qu’il n’est plus possible, de procéder à des contrôles d’identité massifs avec les méthodes que nous connaissons et ainsi stigmatiser, mettre en souffrance, une partie de la population perçue comme noire ou arabe. « Ces derniers ont alors 20 fois plus de chance que les autres d’être contrôlés » « La fréquence des contrôles d’identité en population générale en France serait plus élevée que dans la plupart des pays européens [Jobard 2019] » rapport du défenseur des droits. L’attestation de contrôle d’identité, le récépissé, fait, sans l’ombre d’un doute, partie de la solution.

Le combat de l’égalité, au cœur de notre engagement socialiste, est plus que jamais d’actualité. Il n’y a pas plusieurs combats qui seraient concurrents les uns avec les autres, mais un seul, tous liés par les maillons d’une même chaîne, celle de notre Histoire, qu’il convient aujourd’hui d’affronter.

Anouck JURAVER
Section de Nantes Centre-Sud